Le mercredi 21 mars 2012, Whitestripes.fr s’est rendu à l’écoute de Blunderbuss réservée aux journalistes et à quelques privilégiés (dont nous faisions partie). La Maison de la Chasse et de la Nature de Paris – qui est à l’origine, une de nos idées d’endroits pour un “happening” - était tout à fait appropriée à une écoute whitienne tant nous retrouvions cette atmosphère glauque, brutale et animale qui est l’apanage de Jack White (Kikoo Cupcake !).

Il faut dire que nous étions plutôt nerveux car la présence de Jack White de rumeur ténue est devenue de plus en plus tangible. En effet, par un heureux hasard, alors que je m’ennuyais ferme pendant une formation professionnelle des plus inintéressantes, je suis tombée sur un tweet qui annonçait la présence de Jack à l’écoute londonienne. Forcément qui dit Londres, dit Paris et les supputations allaient bon train à notre QG. Toujours plein de questions, nous nous sommes dirigés vers ce lieu original de la capitale et l’une des premières personnes que nous apercevons, une fois arrivés, n’est autre que le roadie permanent de Jack. Les doutes étaient alors levés.

Entourés de têtes de cerfs empaillées et de bois utilisés à toute fin décorative (lampes, poignées de portes, porte-manteaux), et confortablement installés dans cette cave aux lumières tamisées, nous avons siroté un cocktail Blunderbuss (créé pour l’occasion, voir la recette un peu plus bas…) pour faire baisser la tension nerveuse. L’écoute de l’album a ensuite débuté. Nous allons tâcher de vous en donner un aperçu. Je dis bien “essayer” car nos notes se sont transformées en un gribouillage indéfinissable que nous avons eu du mal à comprendre par la suite (voir les photos) !

Cocktail Blunderbuss, la recette :

- 4cl Jack Daniels
- 1/4 de citron
- 2cl de Curacao bleu (ajustez la dose en fonction du type de bleu que vous voulez…) 
- le reste de Limonade ou Perrier selon vos préférence diététiques
- Servir frais avec des glaçons

Nous avions eu la chance d’avoir écouté l’album en février et cette deuxième écoute a renforcé notre première impression : Jack revient bel et bien dans un univers désertique ressemblant fort à celui que nous avions découvert sur Get Behind Me Satan. Malgré le nombre important de ballades dans l’album, nous retrouvons cette sonorité si particulière, cette guitare reconnaissable parmi toutes qui nous a fait tomber amoureux d’un duo puis d’un artiste. J’entends déjà certains fans dire « Oh ! Jack s’est assagi ! Il fait de la musique popradioesque ». N’exagérons rien, nous sommes bien loin du fiasco elcaminesque des Black Keys (OUAIS, c’était obligé que j’en parle au moins une fois).

Blunderbuss n’est pas un album nerveux comme ceux des White Stripes, ni aux couleurs pop comme ceux des Raconteurs, ni rempli de la rage sensuelle propre aux Dead Weather. Non, il est un mélange de tout ça et des nouvelles influences Nashvillesque dont Jack est imprégné depuis maintenant trois ans. Jack nous offre une palette étendue de ses talents. D’ailleurs, à la suite de cette review, vous retrouverez un résumé de l’interview qu’il a donné à la fin de l’écoute et vous comprendrez mieux pourquoi il a choisi ce titre « Blunderbuss » et pourquoi les morceaux qui le composent sont si différents les uns des autres.

Si nous disons que nous avons ADORE l’album, on va nous taxer de subjectivité éhontée aussi, ce compte-rendu morceau par morceau se veut le moins sérieux possible. Après tout, les critiques des professionnels vont pleuvoir et vous aurez l’embarras du choix.

La Review, basée sur les notes plue que douteuses de Sodwee, Sabby et Sylvain :

 1/ Missing Pieces

Ce morceau d’ouverture est celui de la libération. Enfin, ENFIN, nous retrouvons cette sonorité si whitienne qui nous a comblés. De voir qu’il est de retour et intact ne laisse présager que du bon pour la suite (ça va hein, j’ai prévenu : sub-jec-ti-vi-té). Ce morceau est découpé en unités distinctes qui se retrouvent rassemblées dans ce patchwork musical (notez aussi que j’essaie de faire dans la formule pour faire plus smart).

2/ Sixteen Saltines

Est-ce que nous repartirons sur ce débat 90210 ou pas 90210 ? (Définitivement 90210 et Team Brendon !) Hum… Nous connaissons cette chanson, vous la connaissez, vous n’avez donc pas besoin d’une mini explication – qui tombera à plat de toutes façons ! Comment ça, whitestripes.fr fait dans la facilité ?

3/ Freedom @ 21

Un morceau live par excellence et qui rappelle… oui, je vais le dire… les Black Keys ! Mais attention, hein, pas les Black Keys d’aujourd’hui, les Black Keys d’hier ! Ceux qui vous faisaient frissonner par leur blues électrique de folie, qui vous retournait avec le pouvoir de leur simplicité. Freedom at 21 est tout cela à la fois avec, en petit plus, un phrasé très saccadé que seul Jack pouvait proclamer. Ah et sinon, on avait ajouté en note « solo de ouf ». Je pense que ça veut dire qu’on a surkiffé la guitare de Jacques. EN GROS.

4/ Love Interruption

Forcément, on va vous refaire le même coup qu’avec Sixteen Saltines, hein. Cela dit, je peux ajouter que, plus je l’écoute, plus je l’aime, ce morceau. Je sais, on s’en fout.

5/ Blunderbuss

Le titre éponyme est du Get Behind Me Satain tout craché et le parallèle avec White Moon est impossible à négliger. Le violoncelle et le piano sont très présents. Personnellement, c’est la chanson que j’ai le moins apprécié de l’album (mais j’aime déjà pas White Moon alors c’est un peu normal)

6/ Hypocritical Kiss

Contrairement à ce que le titre pourrait indiquer, cette chanson est toute choupi. Elle est très romantique avec du piano durant tout le morceau et pas de guitare singlée.

- A ce moment,Jack White est entré dans la cave remplie de cerfs pour passer à la face B du vinyle et on était comme des petits fous à couiner « gniiiiiiiiiii » intérieurement -

7/ Weep Themselves To Sleep

Alors, là, franchement, j’avais vraiment envie de laisser tel quel ce que nous avons écrit comme notes parce que c’est du grand n’importe quoi. Cependant, dans un souci de garder un minimum de légitimité, je nous censurerais !
L’introduction de ce morceau est extrêmement nerveuse et assez jazzy. Cela annonce l’un des morceaux les plus puissants de l’album. Par la suite, intervient un solo digne d’Icky Thump qui ravira les fans de la première heure.

8/ I’m Shakin’

Reprise de Little Willie John et chanson préférée de Sodwee. Accompagné par un chœur uniquement féminin, Jack White nous offre une reprise teintée de R’n’B dont seul lui a le secret (expression toute faite, bonjour). En écoutant ce morceau, je vous jure, j’ai cru entendre Meg White mais non. Encore un morceau qui doit envoyer du bois en live (expression re-toute faite).

9/ Trash Tongue Talker

Jack White a travaillé avec la Reine du Rockabilly et ça s’entend. Trash Tongue Talker fleure bon le Tennessee. Cette Langue De Pute (quoi ? c’est comme ça qu’on dit, hein) nous envoie tout droit dans les 50’s pour notre plus grand plaisir.

10/ Hip (Eponymous) Poor Boy

Awww ! Cette chanson est toute mignonne. Elle fait très Manège Enchanté. Ce morceau est très proche de la chanson que White avait écrit pour Coca-Cola. Ce côté enfantin dénote et surprend (surtout entre Trash Tongue Talker et I Guess…)

11/ I Guess I Should Go To Sleep

Alors oui, Jack n’est pas connu pour son côté marmotte. Il aurait plutôt tendance à être un oiseau de nuit qui se repose très rarement (c’pas moi qui le dis, il en parle des fois sur le tchat vaultesque). Et du coup, cette chanson sur le thème du sommeil et de la nuit se révèle particulièrement oppressante. Je vais tenter une comparaison ridicule mais au point où j’en suis,hein… Vous voyez la scène dans Shrek où le Roi va se retrouver dans un Piano Bar tout miteux pour embaucher le Chat Potté ? Avec le Capitaine Crochet au piano ? Et bé, là, c’est à peu près pareil. On a affaire à un morceau dérangeant et dangereux qui n’est pas aussi fluide que les autres. Autant dire qu’on a beaucoup aimé !

 12/ On And On And On

Introduction grandiloquente qui amène un morceau plus doux et moins électrique. La guitare est très présente sur ce morceau et extrêmement plaisante.

13/ Take Me With You When You Go

Jack finit son album en apothéose avec un morceau digne de sa folie créatrice, nerveuse, furieuse. Nouvel univers, nouvelle ambiance et nous nous retrouvons propulsés dans le sud des Etats-Unis avec un petit goût de Nouvelle Orléans et son fameux Bourbon. Take Me With You When You Go est dans une lignée bluegrass / country et se termine par un solo dantesque qui donne, effectivement, envie d’être emmené par M. White.

Compte-rendu de l’interview faite par deux journalistes du Mouv’.

Après l’écoute, Jack a répondu à quelques questions. Là encore, j’ai pris quelques notes et je m’excuse par avance de la traduction et du rendu mais vous pouvez aisément imaginer mon état émotionnel (encore que, je me suis trouvée plutôt calme !).

Dans un premier temps, Jack a expliqué dans quelles circonstances Blunderbuss avait été crée. Il a dit que cet album solo n’avait pas été prémédité. Il enregistrait et les morceaux s’accumulaient au fur et à mesure. Il aurait pu utiliser ces morceaux pour les White Stripes ou les Dead Weather mais il ne sait pas comment ils auraient tourné. En plus, il ajoute que « Tout le monde était occupé ! ».

Il précise qu’avec Wanda Jackson, il a pris le goût de l’orchestration car il avait en charge 10 à 12 musiciens. Il a donc eu plaisir à laisser la guitare à quelqu’un d’autre pendant que lui gérait l’orchestration.

Ensuite, il a évoqué son studio TMR. Il dit que son studio ressemble à un endroit dans lequel Phil Spector aurait pu exposer des machine guns (enfin, je crois que c’est ce qu’il a dit – j’ai juste retenu Phil Spector à cause de ses cheveux !). Jack collectionne beaucoup de micros et de matériel d’enregistrement qu’il a entreposé à Third Man Records. Il dit que Keith Richards a été le premier à enregistrer dans le studio. Parce que Jack est un blagueur fini, il précisera 2mn après qu’il parlait de Keith Richards des Rolling Stones (Jack est un peu kikoolol en vrai).

En revenant sur le travail mené dans Blunderbuss, Jack dit qu’il est difficile pour lui de dire aux autres ce qu’ils doivent faire. Il n’a jamais fait ça pour ses autres groupes, juste pour Blunderbuss.

Mais alors, justement ! Que veut dire Blunderbuss ? Pourquoi ce titre ? (j’essaie comme je peux de faire sens, hein, désolée) Bon, là, Jack va faire son Jack DONC il faut suivre. Il raconte qu’à Detroit, les rues sont souvent en français ou ont des références militaires comme « Fort ». Une fois, il a vu une rue nommée « Dragoon » (on a fait une recherche googlemapesque et il y a bien une Dragoon Street à Detroit) Donc, il voit cette Dragoon St et il a cru que c’était une faute de frappe et que cette rue aurait dû s’appeler « Dragon » parce que, figurez-vous, il y a beaucoup de fautes dans les noms de rues de Detroit.

On est d’accord, j’ai retranscrit ça pêle-mêle/plus de genoux/il dit qu’il voit pas le rapport /aucun lien fils unique.

ENFIN BREF, dans un tromblon (un blunderbuss français en somme), Jack dit qu’on peut y mettre n’importe quoi. On peut le charger avec des morceaux de bois, des pierres, du métal… Et dans l’album, c’est pareil, Jack y a mis autre chose que des balles (j’vous jure, il faut un dico pour le comprendre).

Ensuite, les journalistes lui ont demandé de parler de ses deux groupes. Jack répond qu’au début, alors qu’il  n’avait jamais joué avec les 6 filles, ils ont commencé par une reprise (I’m Shakin de Blind Willie Johnson) parce que c’est facile pour entamer une relation musicale (comme il l’avait fait avec les Dead Weather avec le morceau Are Friends Electric de Gary Numan).

Selon lui, il y a un préjugé sur les groupes de filles. La présence de filles dans un groupe change tout de suite l’émotion qu’il y a dans la salle. Il a appris ça avec Alison. Il en vient à énumérer les groupes dans lequel il a joué et il lance une petite vanne à Fabrizio Moretti qui était présent : « j’ai même été dans les Strokes pendant 6 mois ». “Trop lulz”.

Du coup, il lui a été demandé s’il n’y avait pas plusieurs Jack White pour faire tout ça et, penaud, il répond : « There’s just Jack White ». C’est chou.

La question classique du « Ca vous fait quoi de jouer en France ?» est alors posée. Jack dit que c’est toujours stimulant de venir jouer en France. Il y a une énergie différente qui se dégage et cette énergie change selon les pays. Alors qu’ il sait ce que ça fait de jouer dans les villes américaines. Il arrive à l’identifier, ce n’est pas encore le cas avec la France ou l’Allemagne, par exemple.

Pour finir, une question qui sort de nulle part sur les Simpsons : Jack affirme qu’il n’a jamais revu l’épisode et qu’il lui a semblé, pendant l’enregistrement, que c’était quelqu’un d’autre qui faisait la voix à sa place.

Et voilà ! Pour de nouvelles aventures et de nouveaux reports bien foireux, il vous faudra attendre juillet ou…  !