Les symboles et l’esthétique de Jack White | Episode 5

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TRUTH DOESN’T MAKE A NOISE

– Les symboles et l’esthétique de Jack White –

par Adeline Arénas


Mr. White, un homme sous influences

Jack est d’un naturel curieux et intéressé par approximativement tous les domaines, de la musique à la science. Je me permets citer quelques unes de ses influences culturelles, dont le choix est réfléchi… et tout à fait subjectif.

Lire l’interview de Jack White par Buzz Aldrin

– Le blues, évidemment. Découvert à dix-huit ans par Jack, la chanson Grinnin In Your Face de Son House fut un choc musical dont il ne s’est toujours pas remis. Si la palette musicale de White s’est depuis élargie, il avait conçu les White Stripes comme un groupe de blues. Au début, du moins… Jack a régulièrement repris les bluesmen des années 30 – sur scène ou album – et a permis à une foule d’adolescents de découvrir à leur tour Robert Johnson, Charley Patton ou encore Blind Willie McTell.

– Orson Welles. On sait Jack White fan de Fritz Lang, mais Welles, génie hyperactif et amoureux des femmes, fut sans conteste un role model. Le musicien a souvent cité Citizen Kane comme l’un de ses films favoris – et on le comprend… Dans le premier clip que White a réalisé seul, I Cut Like A Buffalo, l’influence d’Orson Welles se fait nettement ressentir, notamment dans le traitement de la lumière.

– Shakespeare. Un des auteurs préférés de Jack White. « Le premier, une fois sorti de l’enfance, à me parler d’une manière différente. », déclare-t-il pendant une conférence au Trinity College de Dublin. Et ce n’est pas de l’esbroufe puisqu’on le retrouvera en train de débattre sur le personnage d’Ophélie (Hamlet) avec Cate Blanchett pour le magazine Interview. Le fait est que Shakespeare, derrière des pièces baroques, outrées et des émotions exacerbées, met en place de vraies réflexions sur les sentiments et la nature humaine. Un peu comme Jack, finalement, qui porte des masques pour mieux se dévoiler… mais j’y reviendrai.

– Les sciences. White n’est pas un pur littéraire : c’est un touche à tout. (D’ailleurs, il s’amuse toujours à réparer des fauteuils des années après avoir acquis un statut de rockstar. C’est beau.) Ses héros se nomment aussi Nikola Tesla, Carl Sagan et Stephen Hawking. On trouve un sketche sur le premier dans un segment du film Coffee and Cigarettes, intitulé Jack Shows Meg His Tesla Coil (Jim Jarmusch, 2002) où les White Stripes jouent leur propre rôle. L’un des emblèmes de Third Man Records est aussi une bobine Tesla… Quant aux deux autres, White a sorti un single un peu particulier où il mélangeait des enregistrements de leurs deux voix en 2009. Il a aussi déclaré regarder des émissions de Sagan avec ses amis des Dead Weather pendant leur première tournée… Jack explique cette fascination pour les sciences par le mystère qui les enveloppe. « On ignore pourquoi la tache rouge de Jupiter, cette tempête, est là depuis si longtemps, mais elle continue », dit-il à Conan O’Brien.

– Le dandysme. En tant qu’élève d’Oscar Wilde, je m’autorise à ranger Jack White III dans la catégorie des dandys. (White s’est présenté lui-même comme un admirateur de l’Irlandais, mais peut-être était-ce juste pour faire plaisir à l’université de Dublin qui le recevait ce jour-là.) Il suffit de voir sa façon raffinée de s’habiller les trois quarts du temps, sa collection de chapeaux et de cannes, sa façon de manier l’ironie, très souvent. Son érudition et son côté esthète – sur lequel je me suis largement étendue. Bref, Jack White est un héritier – conscient ou non – de Wilde.

– Le romantisme. Le fait est que Jack sort le mot « romance » à tout bout de champ. Au sujet du passé, notamment. « There’s a romance to that », dit-il à propos des vinyles, qu’il oppose à la froideur sans âme du téléchargement internet. Au sujet de l’amour, et de la mort également, une pointe de romantisme se fait également sentir – ce sont aussi les thèmes principaux de l’album Blunderbuss. « La mort peut être très romantique. Un jour, une fille m’a dit : ‘Pourquoi ne pas nous allonger dans la forêt et mourir ensemble ?’ C’était une chose très romantique à dire. Différente de ‘J’aimerais qu’on parte vivre le restant de nos jours dans une maison loin d’ici’… Mais tout aussi romantique, d’une certaine façon. » Jack a souvent joué avec l’image de la mort au sein de ses différents groupes et présente parfois des textes torturés, dans lequel le personnage – ou lui-même – s’interroge sur ses propres sentiments et lutte constamment avec. Des exemples : Suzy Lee, You don’t understand me, I’m Lonely But I Ain’t That Lonely Yet, Love Interruption… Dans la droite lignée d’un romantique du XIXème siècle.

On l’a compris, Jack White est un être très cultivé. Un réceptacle de toutes sortes d’influences qu’il utilise afin de créer son art. Pour mieux se cacher ?


Retrouvez la suite mercredi prochain – 13h00




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