Les symboles et l’esthétique de Jack White | Episode 6

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TRUTH DOESN’T MAKE A NOISE

– Les symboles et l’esthétique de Jack White –

par Adeline Arénas


L’authenticité : une ultime ruse ?

C’est un thème qui parcourt toute l’œuvre de Jack White et revient presque systématiquement dans ses interviews.

Le vinyle et son amour du rétro participent de cette quête d’authenticité. White enregistre tous ses albums en analogique, et tous les singles sortis sur son label Third Man Records le sont en vinyles. A côté de ça, White critique régulièrement les logiciels comme AutoTune qui, en corrigeant les fautes et rendant une chanson « parfaite », en détruisent pour ainsi dire tout le charme.

 

Le vinyle constitue un formidable terrain de jeu et d’expérimentations pour celui que des journalistes surnomment depuis quelques années Willy Wonka : TMR a déjà édité des vinyles odorants ou remplis de liquide bleu, entre autres. Ne nous leurrons pas, Jack White est aussi un businessman. Son amour du rétro n’est pas à remettre en cause, mais il sait aussi savamment l’utiliser à des fins commerciales. Il fait partie de l’esthétique qu’il a bâtie.

Les ravages de la télévision et d’internet sont également régulièrement passés au crible, au point de le faire passer pour un réactionnaire chez certains. Passéiste, le Jack ? On pourrait le penser à la lecture des textes qu’il a laissés dans chaque album des White Stripes, qui semblent véhiculer des valeurs ô combien mourantes dans notre XXIème siècle… Et tous ont le même but, finalement : une quête d’authenticité, de vérité. The Truth, c’est le grand thème de l’album Get Behind Me Satan. Le texte de De Stijl est un véritable manifeste : White y affirme que créer de la Beauté à partir des moyens les plus simples est plus difficile que d’avoir recours à une débauche d’effets baroques. Esthétique de la restriction. Se poser des contraintes pour avoir plus d’originalité et de mérite à créer. Aller droit à l’essentiel, à la sincérité.

Le texte d’Elephant est quant à lui une protestation contre « la mort du sweetheart », concept intraduisible mais qu’on pourrait expliquer par… Le flirt à l’ancienne, les rendez-vous galants, le fait d’inviter une femme à dîner – et seulement à dîner – le premier soir, de vouloir faire durer une relation et d’avoir de véritables valeurs dans un monde où les gens veulent obtenir tout, tout de suite. Bref, tout ça pour dire… Que White est sincère, ou du moins parfaitement cohérent.

Les livrets des Raconteurs ne contiennent pas de tels manifestes, pas plus que ceux des Dead Weather – Sea of Cowards se contente de montrer un simple jeu littéraire. Celui de Blunderbuss pose des questions sybillines en première page. White a posé les règles d’entrée, après tout, inutile de se répéter. (Quoique je rêve parfois de la publication d’un véritable livre où il s’étendrait davantage sur ses idées.)

Donc, nous faisons enfin face à un paradoxe. Celui d’un homme qui revendique l’authenticité mais qui a fait de toute sa vie un mythe. Chaque symbole utilisé dans sa vie – le 3, les femmes, le blues – éloigne finalement davantage le spectateur de la vérité. Qui est Jack White ? Nous ne le saurons probablement jamais, et peut-être que lui-même l’ignore. Après tout, il change d’apparence et de costume à chaque projet. Évidemment, on peut voir cela comme la ruse d’un génie qui dupe malicieusement son monde. Tous les artifices qu’il déploie devant nos yeux sont un moyen de mieux dissimuler qui il est… « I’m like a newspaper, you can’t read me », lance-t-il dans Invisible Man (The Dead Weather).

Cela dit, l’art est aussi un moyen de rechercher la vérité, et d’exprimer certains sentiments qu’il n’aurait jamais pu dévoiler autrement. Là réside sa véritable sincérité. Si l’auditeur est touché en écoutant On and on and on ou  As Ugly As I Seem, c’est parce que les émotions exprimées sont vraies, et qu’il est fort possible que celui qui les chante les ait vécues.

La lutte contre le monde et d’abord contre soi-même est un sujet qui se retrouve, du reste, dans tous les albums de Jack White – particulièrement dans Blunderbuss. Si analyser son esthétique ne permet peut-être pas d’en savoir plus sur le musicien, elle permet en revanche de mieux comprendre sa musique et son art. Ceux d’un homme qui a recours à tous les masques, tous les subterfuges, et qui n’est jamais aussi sincère que lorsqu’il ment.


Sources :




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  1. Chloé

    J’ai beaucoup apprécié lire cette étude sur JW, d’autant que je suis tout à fait d’accord :)

    Je ne sais pas si tu as vu le documentaire It might get Loud avec Jimmy Page, the Edge et JW. Je trouve que ce documentaire met réellement en avant le créneau créatif de JW. Je crois qu’il dit quelque chose d’assez révélateur sur ça façon de faire qui pourrait être résumé en : “le processus créatif doit être une lutte”; impliquant des délais de création courts (pas plus de deux semaines en studio). On rejoint aussi l’authenticité: si ça ne sort pas des tripes en 5 secondes, c’est que ça ne vaut pas le coup, que ça n’est pas authentique.
    Par ailleurs, vu l’importance de chaque petit détail (le chiffre 3, les vidéo clips, le code couleur, …), je pense que ce mec est un perfectionniste et un gros bosseur qui ne s’arrête jamais (producteur, label, projet perso).


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